En 1975, Pentax prend une décision lourde pour une marque dont toute la gamme reposait depuis 1957 sur la monture M42 à vis : passer à une baïonnette maison, la monture K. Trois boîtiers l’inaugurent le 1er juin 1975 au Japon (K2, KX, KM), suivis du K1000 en 1976. Cinquante ans plus tard, Ricoh Imaging utilise toujours cette monture sur ses reflex numériques. Voici pourquoi et comment.
1957-1975 : l’âge d’or M42 chez Pentax
Pendant dix-huit ans, Asahi Optical (la société derrière la marque Pentax) construit sa réputation sur la monture M42 à vis. Partagée avec Praktica, Mamiya, Yashica, Fujica et bien d’autres, elle permet aux objectifs Takumar de se monter sur n’importe quel boîtier M42, et inversement.
Le Pentax Spotmatic (1964), l’un des premiers reflex à mesure TTL, installe la marque chez les amateurs. En 1971, Pentax lance le traitement Super-Multi-Coating (SMC) à 7 couches, qui devient sa signature optique.
Mais au début des années 70, la M42 montre ses limites. La vis ne transmet au boîtier que la poussée qui ferme le diaphragme. Pour mesurer à pleine ouverture, chaque constructeur ajoute son propre système, incompatible avec celui des voisins. Pendant ce temps, Nikon a sa baïonnette F depuis 1959, Canon lance la FD en 1971 et Olympus la OM en 1972.
1975 : naissance de la monture K et de trois boîtiers
Le 1er juin 1975, Pentax lance au Japon la monture K à baïonnette, avec trois boîtiers sortis le même jour et toute une gamme d’objectifs SMC Pentax :
Le K2 est le haut de gamme, avec un automatisme à priorité à l’ouverture. Vitesses électroniques de 8 s à 1/1000 s, plus 1/125 s et B en mécanique. Obturateur à lamelles métalliques Seiko, cellule au silicium. Il précède de trois ans le Nikon FE, construit sur la même idée.
Le KX est entièrement manuel, avec une mesure à aiguille dans le viseur.
Le KM est la version simplifiée et moins chère du KX. Il garde le retardateur et la prévisualisation de la profondeur de champ.
Le K1000 arrive en 1976, un an après les trois autres. C’est le KM dépouillé de son retardateur et de sa prévisualisation, l’entrée de gamme qui restera au catalogue jusqu’en 1997.
La baïonnette K transmet mécaniquement au boîtier l’ouverture choisie sur l’objectif. Dès 1975, tous les boîtiers K mesurent donc à pleine ouverture, avec n’importe quel objectif de la gamme, sans les systèmes propres à chaque marque qu’il fallait en M42.
Compatibilité avec les Takumar M42 : le Mount Adapter K
Beaucoup de photographes Pentax avaient des objectifs M42 au moment du changement. Pentax propose dès 1975 un adaptateur officiel, le Mount Adapter K, qui permet de monter un Takumar M42 sur un boîtier K.
C’est une simple bague, sans lentille. La qualité optique des Takumar est donc préservée. La contrepartie : avec un objectif M42, le boîtier K mesure diaphragme fermé, comme sur un Spotmatic.
Cette passerelle a aidé les utilisateurs à changer de système sans racheter tout leur parc d’objectifs d’un coup.
1976-1979 : la gamme M
Fin 1976, Pentax lance la gamme M, des reflex compacts accompagnés d’objectifs SMC Pentax-M plus petits :
Le MX (novembre 1976) est un reflex compact entièrement mécanique. Vitesses 1/1000 s à 1 s + B, mesure par LED dans le viseur, 495 g. Il joue dans la même catégorie que l’Olympus OM-1 et le Nikon FM.
Le ME (décembre 1976) est son pendant automatique. Priorité à l’ouverture uniquement, pas de mode manuel, vitesses de 8 s à 1/1000 s. Pas de molette des vitesses : juste un sélecteur AUTO, 100X (1/100 s mécanique) et B.
Le ME Super (fin 1979) ajoute au ME un mode manuel à boutons : deux touches, + et −, montent ou descendent la vitesse. Vitesses de 4 s à 1/2000 s.
Pour un comparatif détaillé MX, ME et ME Super, voyez notre article dédié.
1980 : Pentax LX, le pro modulaire
En 1980, pour les soixante ans d’Asahi, Pentax sort son reflex professionnel : le Pentax LX (LX, c’est 60 en chiffres romains). Ses points forts :
La mesure IDM (Integrated Direct Metering) : une cellule au silicium au fond du boîtier mesure la lumière réfléchie par le film pendant la pose. En priorité à l’ouverture, le LX expose automatiquement de 1/2000 s jusqu’à 125 s.
Des joints contre la poussière et l’humidité sur les commandes, rares en 1980.
Des viseurs et oculaires interchangeables : viseurs FA-1, FA-1W, FA-2, FE-1 et FF-1, base FB-1 avec ses oculaires FC-1, FD-1 et FD-2.
Pour aller plus loin sur le LX, voyez notre article dédié.
1983-1987 : KA, l’évolution silencieuse
En 1983, avec le Super A (vendu sous le nom Super Program en Amérique du Nord), Pentax fait évoluer la monture : c’est la KA. Les nouveaux objectifs SMC Pentax-A ont une position A sur leur bague d’ouverture et des contacts qui informent le boîtier. Sur A, c’est le boîtier qui choisit l’ouverture : mode programme, priorité à la vitesse.
Le Super A et le Program A (1984) exploitent cette position. Sur les boîtiers K plus anciens (K1000, KX, K2, MX, ME), un objectif A s’utilise normalement, en réglant l’ouverture à la bague.
La compatibilité est large : un Takumar M42 (avec l’adaptateur), un objectif K de 1975 et un objectif A se montent sur n’importe quel boîtier K. Pentax gardera cette ligne pendant des décennies.
1987-aujourd’hui : KAF et l’autofocus
Pentax avait tenté l’autofocus dès 1981 avec le ME F, dont le moteur était logé dans un objectif spécial. En 1987 sort le SFX, avec la monture KAF : un entraînement mécanique de l’autofocus par le boîtier et des contacts électroniques pour échanger les informations entre objectif et boîtier.
Un objectif K de 1975 se monte sur un SFX (sans autofocus, puisqu’il n’a pas d’entraînement), et un objectif F à bague de diaphragme se monte sur un K1000.
Les évolutions suivantes vont plus loin : KAF2 en 1991 (alimentation du zoom motorisé), KAF3 en 2008 (objectifs à moteur intégré, sans entraînement mécanique), KAF4 en 2016 (diaphragme électromagnétique). Beaucoup d’objectifs récents n’ont plus de bague de diaphragme : ils se montent sur un boîtier argentique ancien, mais on ne peut pas y choisir l’ouverture. La monture, elle, est toujours utilisée par Ricoh sur ses reflex numériques.
Compatibilité avec les hybrides modernes
Les objectifs Pentax K à bague de diaphragme, toutes générations confondues, s’utilisent sur les hybrides actuels avec un adaptateur passif, sans lentille. Le tirage Pentax K de 45,46 mm est bien plus long que ceux des hybrides (Sony E 18 mm, Fuji X 17,7 mm, Canon RF 20 mm, Nikon Z 16 mm), ce qui laisse la place à une bague simple.
Sur un Sony A7 ou un Fuji X, un objectif Pentax K garde sa qualité optique d’origine. Vous perdez l’autofocus et vous fermez le diaphragme à la main, mais vous gagnez l’aide à la mise au point et le viseur électronique. Les SMC Pentax-M 50 mm f/1,7 et 28 mm f/2,8 sont des choix courants pour commencer.
Le Pentax K à l’atelier Pelloche Moi
La monture Pentax K fait partie de mes spécialités. La mécanique Pentax des années 70-80 est solide, prévisible et bien documentée. Les boîtiers mécaniques de cette époque (K1000, KX, MX) se révisent bien, tant qu’on remplace ce que le temps a usé.
À l’atelier, chaque Pentax K passe par les mêmes étapes :
- Diagnostic complet : déclenchement à chaque vitesse, posemètre, miroir, rideaux, avancement du film
- Démontage, nettoyage du prisme, du miroir et de la chambre
- Remplacement systématique des mousses d’étanchéité à la lumière
- Vitesses recalibrées, calibrées via un testeur d’obturateur professionnel
- Posemètre vérifié sur source lumineuse calibrée
- Contrôle cosmétique, photos en lumière naturelle, puis garantie 6 mois (1 an pour les Éditions ATELIER)
Sur le LX, nous vérifions en plus les joints des commandes. Sur le ME Super, les contacts des deux boutons de vitesse, qui s’oxydent avec le temps.
Les Pentax K que nous révisons passent en boutique au fil de l’atelier, quand ils sont prêts. Voir les reflex reconditionnés en boutique.
Cet article fait partie du Dossier Pentax K : histoire de la monture, boîtiers, lexique des sigles et travail de l’atelier.
Pour aller plus loin
- Notre process de reconditionnement en 6 étapes
- La garantie Pelloche Moi : 6 mois sur tout, 1 an pour les Éditions ATELIER
Sources
- CAPA (getnavi.jp), historique de la monture K (lancement du 1er juin 1975)
- Wikipedia, « Pentax K-mount », « Pentax K1000 », « Pentax LX », « Pentax ME F », « Pentax SFX »
- camera-wiki.org, fiches Pentax K2, KX, KM, MX, ME, ME Super, Super A, Program A
- Pentaxforums, fiche du Mount Adapter K
- Ricoh Imaging, historique Pentax (Super-Multi-Coating)
