Olympus Mju II : l’avis d’un réparateur (et pourquoi le prix est un piège)

Olympus mju II, appareil photo argentique reconditionné par Pelloche Moi

Je vais vous dire une chose que peu de monde ose dire sur l’Olympus Mju II : c’est un chouette boîtier, et il est largement trop cher.

Les deux à la fois. C’est tout le problème.

Le Mju II est devenu un objet culte. Vous avez vu les photos sur Instagram, lu les tests qui parlent d’un objectif « magique », croisé son prix qui grimpe d’année en année. Avant de craquer, prenez deux minutes. Je passe mes journées les mains dans ces boîtiers, et il y a un écart énorme entre la légende et ce que je vois sur l’établi.

Un appareil agréable, vraiment

Commençons par le vrai. Le Mju II est un plaisir à utiliser.

Il tient dans une poche de jean. Son clapet coulissant le protège et l’allume d’un geste. Vous l’avez toujours sur vous, et c’est exactement là qu’est sa force. Le meilleur appareil photo, ce n’est pas le plus défini ni le plus rare. C’est celui que vous avez sur vous au moment où la photo se présente. Un Mju II dans la poche prend des photos qu’un reflex resté à la maison ne prendra jamais.

Son objectif 35mm f/2.8 est bon. L’autofocus se débrouille, l’exposition automatique est fiable en plein jour. Pour de la photo de rue, de vacances, du quotidien attrapé à la volée, il fait le travail sans vous faire réfléchir.

Le mythe du piqué « légendaire »

On lit partout que son objectif pique comme aucun autre. Honnêtement ? Non. Il est bon, sans plus. Il y a des compacts moins cotés qui font aussi bien, parfois mieux.

Et voici ce que je pense vraiment : on s’en fiche. Le piqué d’un point and shoot de poche, ce n’est pas le sujet. Le sujet, c’est de faire des photos. Presque tous les appareils photo argentiques en bon état font des images très correctes. La nervosité d’un objectif ne sauvera jamais une photo sans intérêt, et un objectif « moyen » n’a jamais empêché une bonne photo d’être bonne. Arrêtez de chasser le piqué. Photographiez.

Donc si le Mju II était vendu à son juste prix, je vous dirais : foncez, c’est un excellent compagnon. Le problème n’est pas le boîtier. Le problème, c’est ce qu’on vous le fait payer, et ce qu’il devient avec le temps.

La bulle de prix

Dans les années 90, le Mju II se vendait neuf autour de 100 euros. Aujourd’hui, on le trouve entre 300 et 500 euros selon l’état et la couleur.

Pour un compact en plastique. Multiplié par quatre, parfois par cinq.

Ce n’est pas la qualité qui a changé, c’est la mode. Le renouveau de la photographie argentique, l’esthétique des années 2000, une poignée d’influenceurs : la demande explose, le stock est fini, le prix s’envole. C’est de la spéculation, pas de la valeur. Certains achètent même ces boîtiers uniquement pour les revendre plus cher, sans avoir déclenché une seule pellicule.

Payer le prix fort, ce serait déjà discutable pour un objet fiable. Et c’est là que ça coince vraiment.

Le vrai piège : il meurt du jour au lendemain

Voici ce que les tests Instagram ne vous montrent pas.

Le Mju II est un appareil entièrement électronique, dans une coque plastique. Quand il lâche, il ne prévient pas. Il fonctionne parfaitement, et le lendemain il est mort. J’en vois passer régulièrement, et le scénario est presque toujours le même.

Deux faiblesses connues, que je vois passer régulièrement :

  • La nappe souple de l’objectif. L’objectif du Mju II avance et recule à chaque allumage. À l’intérieur, l’obturateur est piloté électroniquement pour s’ouvrir à la bonne vitesse et à la bonne ouverture, pendant que le corps, lui, ne bouge pas. Tout ce pilotage passe par une nappe souple. Allumage, extinction, prise de vue, des milliers d’allers-retours, et à force, la nappe casse. Le vrai problème n’est pas la panne, c’est qu’en France, personne ne fait cette réparation. Vous vous retrouvez avec un beau presse-papier à 400 euros.
  • Les joints d’étanchéité de l’objectif. Le Mju II était vanté pour sa résistance aux intempéries grâce à des joints en caoutchouc. Le même va-et-vient les use, ils finissent par fuir, et ça se voit directement sur vos images : des cercles blancs, des fuites de lumière que rien ne rattrape.

C’est toute la différence avec un reflex mécanique. Un Canon AE-1 de 1976, un Pentax K1000, un Nikon, ça a été conçu à une époque où un boîtier restait au catalogue presque dix ans. Des pièces, des manuels de service, une mécanique pensée pour être ouverte, nettoyée, réglée. Aujourd’hui un appareil reste un an en rayon avant le modèle suivant. Le Mju II appartient déjà à cette logique : un bel objet, mais scellé, électronique, périssable. Le smartphone de l’argentique.

Vous payez 400 euros un objet qui peut s’éteindre sans prévenir et qu’on ne ramène pas vraiment à la vie. Voilà le piège.

Alors, faut-il acheter un Olympus Mju II ?

Ma réponse honnête, en réparateur et en photographe.

Si vous voulez le plaisir d’un compact de poche, oui, le Mju II en donne. Mais à deux conditions. Payez-le à son juste prix, pas le prix de la hype. Et achetez-le en sachant que c’est un objet périssable, pas un investissement, pas un boîtier que vous transmettrez.

Soyons clairs : ces fragilités ne sont pas propres au Mju II. Une bonne partie des compacts électroniques de cette époque vieillissent comme ça, c’est leur nature. Ce qui rend le Mju II absurde, c’est l’offre et la demande. Le prix auquel il faut le sourcer et celui auquel il se revend n’ont plus aucun sens commercial pour ce qu’est l’objet. Vous faire payer 400 euros un compact fragile parce qu’une mode en a fait un trophée, ce n’est pas mon métier. Je ne mets pas ma garantie sur une équation qui ne tient pas.

Si vous voulez vraiment un compact de poche, il existe des modèles bien plus sains, au juste prix, que nous calibrons au testeur d’obturateur professionnel et que je garantis 6 mois. Et si vous cherchez un appareil qui dure des décennies et qui se répare pour de bon, c’est vers un reflex mécanique que je vous oriente. C’est ce que je sais défendre.

Parce qu’au fond, c’est la seule chose qui compte : sortir, déclencher, faire des photos. Le reste, c’est du bruit.

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