Sur la plupart des appareils photo argentiques, le flash ne se synchronise pas au-delà de 1/60 ou 1/125 s. Sur un Hasselblad V, le flash se synchronise jusqu’à 1/500 s, vitesse maximale du système. La raison tient à un choix de conception fait en 1957 : placer l’obturateur dans chaque objectif Carl Zeiss, sous forme d’un obturateur central Compur, plutôt qu’à plan focal dans le boîtier. Ce choix pèse sur 56 ans de production Hasselblad, et sur notre travail à l’atelier aujourd’hui.
Obturateur à plan focal contre obturateur central
La majorité des reflex argentiques 24×36 (Canon AE-1, Nikon F, Minolta SR-T, Pentax K1000) utilisent un obturateur à plan focal, situé dans le boîtier juste devant la pellicule. Cet obturateur est composé de deux rideaux (en tissu caoutchouté ou en lamelles métalliques selon les modèles) qui se déplacent l’un derrière l’autre.
Pour les vitesses lentes (typiquement de 1 s à 1/60 s), le premier rideau s’ouvre complètement, expose la pellicule, puis le second rideau se referme. À ces vitesses, l’ensemble de la pellicule est exposée simultanément pendant un temps mesurable.
Pour les vitesses rapides (typiquement de 1/125 s à 1/4000 s), les deux rideaux se déplacent en formant une fente étroite qui balaie la pellicule. À ces vitesses, chaque point de la pellicule est exposé pendant un instant très court, mais l’ensemble de la pellicule n’est jamais ouvert en même temps.
C’est cette absence d’ouverture totale aux vitesses rapides qui pose problème pour la synchro flash. Un flash dure typiquement 1/1000 à 1/10 000 s. Si le flash se déclenche pendant que la fente est en train de balayer, seule la bande de pellicule exposée à ce moment recevra la lumière du flash. Le reste de l’image sera noir. C’est pourquoi la synchro flash maximale d’un obturateur à plan focal est limitée à la vitesse où les deux rideaux peuvent encore se croiser complètement, soit typiquement 1/60 à 1/250 s selon les modèles.
L’obturateur central, lui, expose tout d’un coup
Un obturateur central est constitué de fines lamelles métalliques agencées en couronne autour de l’axe optique de l’objectif. Quand on appuie sur le déclencheur, ces lamelles s’ouvrent simultanément vers l’extérieur (comme les pétales d’une fleur qui s’écartent) puis se referment.
Quelle que soit la vitesse choisie (1 s ou 1/500 s), toute la surface de la pellicule est exposée en même temps pendant toute la durée de l’exposition. Il n’y a pas de balayage par fente. Conséquence directe : un flash peut se déclencher à n’importe quelle vitesse de l’obturateur central, du moment qu’il dure moins longtemps que l’ouverture des lamelles. Sur les Hasselblad V, cela signifie que la synchro flash X est disponible de 1 s à 1/500 s, sur toutes les vitesses.
Pour un photographe studio, cette caractéristique est décisive. En lumière mixte (flash + lumière du jour, par exemple en mariage à l’extérieur), pouvoir flasher à 1/500 s permet de combiner une grande ouverture (f/4 ou f/5,6 pour la profondeur de champ courte) avec une vitesse rapide qui sous-expose la lumière ambiante. Le sujet apparaît normalement exposé par le flash, le fond est assombri par la vitesse élevée. Avec un reflex 24×36 synchronisé à 1/125 s au mieux, il faut passer par des filtres ND pour obtenir le même effet.
Pourquoi Hasselblad a fait ce choix en 1957
Le pari de Victor Hasselblad en 1957 vient d’un constat : le 1600F (1948) et le 1000F (1952), avec leurs obturateurs à plan focal à rideaux métalliques, ont une réputation de fragilité. Sur un format 6×6, les rideaux sont grands et très sollicités.
La solution est de déplacer l’obturateur dans l’objectif, sous forme d’un Compur, une mécanique qui existe depuis 1912 et qu’on trouve sur les folding et les chambres. Le coût est plus élevé (un obturateur dans chaque objectif au lieu d’un seul dans le boîtier), mais Hasselblad gagne en fiabilité, et la synchro flash à toutes les vitesses vient avec.
Compur et Prontor : deux générations
De 1957 à 1982, tous les objectifs Carl Zeiss en monture V sont équipés d’un obturateur Compur Synchro, fabriqué par Friedrich Deckel à Munich. Vitesses de 1 s à 1/500 s, synchro X à toutes les vitesses. Il équipe la gamme pendant 25 ans.
En 1982, avec la sortie des objectifs de génération CF, Hasselblad et Carl Zeiss passent à un obturateur Prontor, fabriqué par Gauthier en Allemagne. Il ajoute une position « F » qui le neutralise pour utiliser l’objectif sur les boîtiers à obturateur à plan focal. Les objectifs C gardent leur Compur, les CF, CFi et CFE utilisent le Prontor.
Pour le photographe utilisateur, la différence entre Compur et Prontor est imperceptible à l’usage. Pour l’atelier, c’est une autre affaire : les deux mécaniques ne se démontent pas de la même façon et leurs pièces ne sont pas interchangeables.
Le calibrage en atelier : un travail de précision
Sur un Hasselblad V, l’obturateur central est la pièce qui demande le plus de soin. C’est une mécanique minuscule, avec des ressorts et des leviers qui ne pardonnent aucune approximation.
Le problème principal des obturateurs centraux qui passent à l’atelier en 2026 est presque toujours le même : la graisse d’origine s’épaissit avec le temps. Un Compur de 1965 a plus de 60 ans. Avec le temps, le lubrifiant devient visqueux et migre. Les vitesses lentes s’allongent ou l’obturateur colle, ce qui surexpose les photos. Aux vitesses rapides, l’obturateur n’atteint plus sa vitesse nominale.
Ce que nous faisons sur un obturateur central :
- Démontage de l’objectif (lentille avant, lentille arrière, mécanisme central)
- Démontage de l’obturateur Compur ou Prontor
- Nettoyage à l’alcool isopropylique pur de chaque lamelle et des leviers d’actionnement
- Lubrification légère, uniquement aux points prévus
- Remontage de l’obturateur et premiers déclenchements à vide
- Vitesses recalibrées via un testeur d’obturateur professionnel, et vérification de la synchro flash à toutes les vitesses jusqu’à 1/500 s
Sur les obturateurs en bon état d’origine, c’est suffisant. Sur les Compur les plus anciens, des lamelles abîmées demandent une pièce de remplacement.
Pourquoi un Hasselblad V révisé reste un appareil photo studio actuel
En 2026, la synchro flash à 1/500 reste un atout pour la mode, le portrait en lumière mixte et le flash en extérieur. La plupart des hybrides plein format à obturateur à plan focal synchronisent autour de 1/200 ou 1/250 s. Au-delà, il faut le mode HSS (High Speed Sync), où le flash émet une série d’éclairs et perd une bonne part de sa puissance. Un Hasselblad V révisé fait ça nativement, à pleine puissance.
Pour un photographe de studio passé au numérique qui regrette cette synchro rapide, un Hasselblad V argentique reste, à mon avis, un complément qui a du sens.
Quand un Hasselblad V ou un objectif Carl Zeiss est révisé, il rejoint la catégorie moyen format de la boutique.
Cet article fait partie du Dossier Hasselblad V : le système complet, le lexique des sigles et le travail de l’atelier.
Pour aller plus loin
- Hasselblad V-System : l’histoire complète du moyen format suédois
- Carl Zeiss en monture V : Planar, Sonnar, Distagon, Biogon
- Quel Hasselblad acheter : 500C, 500C/M, 503CX, 503CW
- Le process de reconditionnement en 6 étapes
Sources
- Wikipédia, articles Compur (Friedrich Deckel, Munich, 1912) et Hasselblad (1600F, 1000F, 500C)
- Emulsive, « The Hasselblad V System master guide : C, CF, FLE and CFi lenses » (passage au Prontor et position F)
