Pentax LX (1980) : le reflex pro dessiné par Walter Sapper et sa mesure IDM

Le Pentax LX sort en juin 1980, vingt ans après le Nikon F et neuf ans après le Canon F-1. C’est le premier (et le seul) véritable reflex professionnel 24×36 Pentax. Trois caractéristiques le distinguent de tous ses concurrents : un design industriel signé Walter Sapper, une mesure IDM off-the-film dynamique, et une étanchéité partielle aux poussières et projections d’eau. Produit pendant 21 ans (1980-2001), il reste un boîtier de référence pour les photographes nature et reportage extérieur.

Pentax dans le marché pro à la fin des années 70

Au moment où Pentax conçoit le LX, le marché du reflex professionnel 24×36 est partagé entre deux acteurs : Nikon (F2 puis F3 en 1980) et Canon (F-1 puis New F-1 en 1981). Olympus a essayé avec l’OM-1 puis l’OM-3 (1983) sans vraiment percer. Minolta tente avec le XK (1972) sans succès commercial.

Pentax a une réputation grand public depuis le Spotmatic et le K1000, mais aucun positionnement crédible chez les pros. La marque décide de combler ce vide avec un boîtier ambitieux qui ne cherche pas à copier Nikon ou Canon : le LX (L pour Luxury, X pour la position dans la nomenclature alphabétique Pentax).

Walter Sapper, designer industriel allemand

Pentax confie le design du LX à Walter Sapper, designer industriel allemand basé à Stuttgart. Sapper a déjà travaillé pour Braun (les radios et appareils audio dessinés par Dieter Rams et son équipe), Bang & Olufsen et IBM. Sa signature : des lignes géométriques épurées, des angles vifs, et une ergonomie qui privilégie la précision du geste sur le confort cosmétique.

Sur le LX, Sapper applique cette grammaire. Le boîtier rompt visuellement avec la lignée K1000 et MX :

Les arêtes sont plus marquées, le capot du prisme plus angulaire. La poignée caoutchouc moulée pour le pouce est plus saillante que sur les autres reflex Pentax de l’époque. Le bouton de déclenchement est positionné en biais à 30°, pour un appui plus naturel du doigt. Le sélecteur de vitesses est plus large que la moyenne, lisible facilement même avec un gant.

Le résultat est immédiatement reconnaissable comme un Pentax LX (silhouette unique dans la gamme Pentax), et il reste visuellement moderne 45 ans après. C’est l’un des très rares reflex argentiques dont le design n’a pas vieilli.

La mesure IDM : la rupture technique

Le LX intègre une innovation que personne d’autre n’a au moment de sa sortie : la mesure IDM (Integrated Direct Metering off-the-film).

Sur les reflex argentiques classiques (Nikon F3, Canon New F-1, etc.), la cellule de mesure de la lumière est placée dans le viseur ou dans le prisme. Elle mesure la lumière reflétée par le verre dépoli avant l’exposition. Une fois la mesure faite, le diaphragme se ferme à l’ouverture sélectionnée, le miroir se relève, et la pellicule est exposée pendant le temps calculé.

Sur le LX, la cellule de mesure SPD silicium est placée dans la chambre, sous le miroir reflex. Elle mesure la lumière réfléchie par la pellicule pendant l’exposition. Cette mesure dynamique permet de moduler la vitesse en temps réel selon les variations de lumière qui se produisent pendant l’exposition.

Conséquence pratique : la plage d’exposition automatique du LX en mode priorité ouverture est de 1/2000 s à 125 s (deux minutes). Aucun autre reflex 24×36 de l’époque ne propose cette plage. Le Nikon F3 plafonne à 8 s en automatique, le Canon New F-1 à 8 s aussi.

Pour la photo de nuit, la photo astronomique, ou la photo en intérieur sombre (musée, lieux de culte), cette capacité change radicalement la pratique. Vous montez le LX sur trépied, vous cadrez, vous appuyez sur le déclencheur, et le boîtier calcule lui-même un temps d’exposition qui peut atteindre deux minutes sans intervention manuelle.

L’étanchéité partielle : une première pour 1980

Le LX intègre une étanchéité partielle aux poussières et aux projections d’eau, première sur un reflex 24×36 amateur ou semi-pro. Joints d’étanchéité sur tous les axes critiques : déclencheur, sélecteur de vitesse, bague d’ouverture autour de la baïonnette, dos arrière, compartiment piles.

Cette caractéristique est sous-vendue commercialement par Pentax à l’époque (le marketing ne la met pas en avant), mais elle devient un argument décisif pour les photographes nature et reportage. Plusieurs photographes National Geographic adoptent le LX pour leurs expéditions dans les années 80-90, précisément pour cette étanchéité qui n’existe pas chez Nikon ou Canon avant la sortie du Canon EOS-1 (1989) et du Nikon F4 (1988).

Note : l’étanchéité du LX est partielle, pas totale. Le boîtier supporte la pluie, la neige, la poussière, l’humidité tropicale, mais pas l’immersion. Pour l’immersion, il fallait passer au Pentax LX Limited Underwater Edition (modèle ultra-rare produit en très faible quantité au début des années 90).

Viseurs interchangeables : huit options

Comme le Nikon F3, le LX est conçu avec un viseur amovible. Pentax produit huit viseurs différents pour le LX au fil de sa carrière :

Le FA-1 est le viseur prisme standard, livré par défaut avec le boîtier.

Le FA-2 est le viseur prisme à grossissement amélioré (0,9× au lieu de 0,85×), pour les photographes qui veulent une visée plus précise en focus manuel.

Le FB-1 est le viseur sportif pour le reportage et le sport, sans prisme pour une visée rapide.

Le FC-1 est le viseur cheminée macro, qui se positionne au-dessus du boîtier pour la prise de vue en plongée totale (équivalent du viseur 6×6 Hasselblad).

Plus quatre autres viseurs spécialisés (FD, FE et variantes pour usage scientifique ou industriel).

Cette modularité est appréciée des photographes scientifiques, médicaux et industriels, qui peuvent adapter le LX à leur usage spécifique.

Production 1980-2001 : 21 ans dans une gamme pro

Pentax produit le LX sans interruption majeure de juin 1980 à 2001. Plusieurs sous-versions sortent au fil des années :

LX standard (1980-1990) : production initiale, finition chrome ou noir.

LX Gold (1981) : édition limitée de 200 exemplaires plaqués or 18 carats, vendus à des collectionneurs et photographes prestigieux. Aujourd’hui pièces collector qui dépassent 8 000 € en occasion.

LX 2000 (2000) : édition spéciale 20e anniversaire, finition titane, production limitée à 700 exemplaires. Prix collector 2026 : 4 000 à 7 000 €.

LX Limited (1993) : édition collector avec finition chrome verte distinctive, production limitée à 1 000 exemplaires.

La production du LX standard chrome ou noir s’arrête officiellement en 2001, juste avant la transition de Pentax vers le numérique. Avec 21 ans de production, c’est l’un des reflex pros à plus longue carrière commerciale, juste un an de moins que le Nikon F3 (1980-2001 aussi).

Prix marché 2026

  • LX chrome standard, état moyen : 400 à 700 €
  • LX noir standard, état moyen : 500 à 850 €
  • LX chrome reconditionné en atelier, garantie 6 mois : 900 à 1 400 €
  • LX 2000 titane : 4 000 à 7 000 €
  • LX Gold 18 carats : 8 000 à 15 000 € selon état

Les LX en état exceptionnel avec viseur supplémentaire d’origine se négocient avec une prime de 20 à 40%.

Notre traitement du LX à l’atelier

Le LX demande une attention particulière sur trois points spécifiques :

La cellule IDM dans la chambre est sensible à la dérive après 30 ans. Le SPD silicium reste stable, mais les contacts électriques entre la cellule et la carte de commande peuvent s’oxyder. Recalibrage systématique sur source lumineuse connue.

Les joints d’étanchéité partielle sur les axes critiques (déclencheur, bague d’ouverture, dos) vieillissent. Sur un LX qui n’a jamais été révisé depuis 1990, ces joints sont généralement durcis ou friables. Remplacement par joints équivalents (pièces de rechange Pentax encore disponibles via Ricoh Imaging Service jusqu’en 2022).

Le mécanisme du verre dépoli amovible peut se desserrer sur les boîtiers très utilisés. Resserrage des vis de maintien et vérification de l’alignement du dépoli.

Notre process en 6 étapes adapté au LX :

  1. Démontage complet du boîtier (avec retrait du viseur, du dos et du verre dépoli)
  2. Nettoyage du prisme, du miroir, de la chambre et de la cellule IDM
  3. Remplacement systématique des mousses d’étanchéité du dos et des joints d’étanchéité partielle
  4. Calibrage des vitesses via un testeur d’obturateur professionnel (1/2000 s à 4 s en manuel)
  5. Vérification de la cellule IDM SPD sur source lumineuse calibrée, plus contrôle de la plage automatique étendue (1/2000 s à 125 s)
  6. Mesure finale au banc selon la norme ISO 516

Sur les LX en état exceptionnel ou avec accessoires Pentax d’origine, nous proposons systématiquement le statut Édition ATELIER avec garantie 1 an.

Pour voir nos Pentax K en stock, dont les LX disponibles, consultez la page Pentax K de la boutique.

Cet article fait partie du Dossier Pentax K : système complet, boîtiers reconditionnés en stock, lexique des sigles et process atelier.

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