La monture M42 universelle (1949-1975) : histoire de la monture à vis qui a réuni Pentax, Praktica et Zeiss

Helios 44-2 58mm f/2 (monture M42), objectif argentique reconditionné par Pelloche Moi

La monture M42 (une vis de 42 mm de diamètre au pas de 1 mm) est l’une des rares montures argentiques partagées par une dizaine de constructeurs. Apparue en 1949 sur le Contax S et le Praktica, adoptée par Pentax en 1957, utilisée aussi par Mamiya, Yashica, Fujica, Edixa et beaucoup d’autres, elle a structuré le reflex 24×36 amateur pendant plus de vingt-cinq ans. Voici son histoire.

1949 : naissance de la M42 à Dresde

Après la Seconde Guerre mondiale, l’usine Zeiss Ikon de Dresde, passée sous contrôle est-allemand, sort en 1949 le Contax S. C’est l’un des tout premiers reflex 24×36 à viseur à pentaprisme (l’italien Rectaflex l’a précédé de peu), et il fixe l’architecture du reflex moderne. Il utilise une monture à vis de 42 mm au pas de 1 mm. La même année, le Praktica de KW, autre fabricant de Dresde, adopte le même filetage. Selon certaines sources, ce pas de vis aurait été mis au point par Zeiss Iéna dès 1938.

La vis a un gros avantage : elle ne comporte aucun élément propriétaire. N’importe quel constructeur peut fabriquer un boîtier ou un objectif compatible. C’est ce qui lui vaut son surnom de monture universelle.

Le tirage, c’est-à-dire la distance entre la monture et le film, est de 45,46 mm.

1957 : Pentax adopte la M42 avec l’Asahi Pentax

Asahi Optical, la société qui deviendra Pentax, sort son premier reflex 24×36 en 1952, l’Asahiflex I, avec une monture à vis de 37 mm. Les Asahiflex IIA et IIB de 1954 gardent cette monture. Le IIB apporte une nouveauté importante : le miroir à retour instantané, qui redescend tout seul après la prise de vue.

En mai 1957, Asahi lance l’Asahi Pentax, le premier boîtier à porter le nom Pentax, et le premier Asahi en monture M42. À partir de là, les utilisateurs Pentax ont accès à tous les objectifs M42 du marché, et les objectifs Takumar se montent sur tous les boîtiers M42.

1957-1975 : l’âge d’or M42 et la dizaine de constructeurs

Entre les années 50 et le milieu des années 70, la M42 est utilisée par de nombreux constructeurs, ce qui en fait l’une des montures les plus partagées de l’histoire du reflex :

Pentax (1957-1976) : l’Asahi Pentax, puis toute la famille Spotmatic, avec les objectifs Takumar.

Praktica (Allemagne de l’Est, 1949-1989) : des dizaines de boîtiers M42, des Praktica FX aux L, LTL et MTL. La baïonnette Praktica B arrive en 1979, mais les boîtiers M42 restent fabriqués jusqu’en 1989. La M42 est d’ailleurs souvent appelée monture Praktica.

Mamiya (Japon) : les Mamiya/Sekor en M42, du 500 TL au milieu des années 60 jusqu’aux MSX et DSX de 1975, avec une parenthèse en baïonnette ES au début des années 70.

Yashica (Japon) : les TL, dont le TL Electro, jusqu’au milieu des années 70, avant la monture C/Y en 1975.

Edixa (Allemagne de l’Ouest) : les Edixa Reflex de Wirgin, en M42 dès le début des années 50.

Voigtländer (Allemagne) : le VSL 1, au début des années 70. Attention, le Bessamatic, lui, n’est pas en M42.

Fujica (Japon) : la série ST, à partir du ST701 en 1971.

Petri (Japon) : le FTX de 1974 et ses successeurs. Les premiers Petri FT utilisaient une baïonnette maison.

Pour les photographes, l’avantage est énorme : un objectif acheté pour un Pentax fonctionne sur un Praktica, un Mamiya, un Yashica. Les fabricants d’objectifs indépendants proposent eux aussi leurs objectifs en M42.

1971 : le traitement SMC, l’apogée optique de la M42

En 1971, Pentax lance le traitement Super-Multi-Coating, à 7 couches, qui réduit fortement les reflets parasites. Selon Pentax, c’est le premier traitement multicouche au monde pour des objectifs photo. Les Super-Multi-Coated Takumar, puis SMC Takumar, sont parmi les objectifs M42 les plus aboutis, et le traitement passe ensuite sur les SMC Pentax en monture K.

Un point d’attention : plusieurs Takumar de cette époque, dont le 50 mm f/1,4, contiennent du verre au thorium, un élément faiblement radioactif. Je ne vends pas et je ne traite pas ces objectifs. Tout est expliqué dans l’article sur les Takumar au thorium.

1975 : pourquoi Pentax abandonne la M42

Au début des années 70, les montures à baïonnette se généralisent (Canon FD en 1971, Olympus OM en 1972). La M42 montre trois limites :

Le changement d’objectif est lent. Visser et dévisser prend plus de temps qu’un quart de tour de baïonnette. En reportage, ça compte.

La transmission d’information est limitée. La vis d’origine ne transmet qu’une chose au boîtier : la poussée sur la goupille qui ferme le diaphragme. Pour mesurer à pleine ouverture, chaque constructeur a ajouté son propre système (Pentax, Fujica, ou Praktica avec ses objectifs à contacts électriques), incompatible avec celui des autres. La monture universelle cessait de l’être.

L’objectif ne s’arrête pas toujours au même endroit. Vissé à fond, il peut finir avec ses repères décalés. Une baïonnette se verrouille toujours dans la même position.

Pentax passe à la monture K à baïonnette en juin 1975 (voir notre article dédié). Yashica passe à la C/Y la même année, Mamiya à la baïonnette Z en 1980. Praktica garde la M42 à côté de sa baïonnette B jusqu’à la fin des années 80.

Compatibilité M42 vers K et vers les hybrides modernes

Pour les utilisateurs qui ont des Takumar au moment du passage à la monture K, Pentax propose dès 1975 un adaptateur officiel, le Mount Adapter K, qui permet de monter un objectif M42 sur un boîtier K. C’est une simple bague, sans lentille : la qualité optique est préservée, la mesure se fait diaphragme fermé.

Sur les hybrides numériques (Sony, Fuji, Canon RF, Nikon Z), un objectif M42 se monte avec un adaptateur passif et fonctionne en mise au point manuelle. Le tirage M42 de 45,46 mm est bien plus long que celui des hybrides, ce qui laisse la place à une bague simple, sans verre. Tous les détails sont dans notre guide M42 sur hybrides.

Pourquoi la M42 reste intéressante en 2026

Trois raisons font de la M42 un choix toujours pertinent pour l’argentique :

Les boîtiers sont nombreux et simples. Un Spotmatic ou un Praktica mécanique se révise bien et reste utilisable longtemps.

Le choix d’objectifs est immense, toutes marques confondues : Takumar, Helios 44, Mamiya/Sekor, Carl Zeiss Jena. Beaucoup tiennent très bien la comparaison avec des objectifs plus récents.

Les mêmes objectifs servent sur un reflex argentique et sur un hybride numérique. Pour ceux qui pratiquent les deux, c’est un vrai confort.

Notre traitement M42 à l’atelier

Sur les boîtiers M42, les pannes sont les mêmes que sur les reflex plus récents : mousses du dos désintégrées, posemètre CdS qui dérive, vitesses lentes qui collent. Ils passent par le même protocole que les autres reflex de l’atelier.

Sur les objectifs M42, le travail porte surtout sur la mise au point (graisse durcie) et le diaphragme (huile sur les lamelles). Le filetage M42 lui-même est robuste et demande rarement une intervention. Nous ne révisons aucun objectif au thorium.

Les boîtiers et objectifs que nous révisons passent en boutique au fil de l’atelier, quand ils sont prêts. Voir la boutique.

Cet article fait partie du Dossier M42 : histoire de la monture, boîtiers, objectifs Takumar et travail de l’atelier.

Pour aller plus loin

Sources

  • Ricoh Imaging, historique Pentax (Asahiflex en vis de 37 mm, Asahi Pentax de 1957, Super-Multi-Coating)
  • Wikipedia, « M42 lens mount », « Contax », « Rectaflex », « Flange focal distance »
  • camera-wiki.org, « Asahiflex », « 42mm screw lenses »
  • Pentaxforums, fiche du Mount Adapter K
  • Kosmofoto, profil du Praktica MTL 5B (production M42 jusqu’en 1989)

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