Pentax Spotmatic (1964) : le premier reflex 24×36 grand public à mesure TTL

Le Pentax Spotmatic sort en mars 1964. Il devient le premier reflex 24×36 grand public au monde équipé d’une mesure TTL (Through The Lens) intégrée au boîtier. Cette innovation, jusqu’alors réservée aux reflex pros chers (Topcon RE Super en 1963), démocratise la mesure interne et propulse Pentax au sommet du marché japonais des reflex amateur. Voici son histoire et pourquoi il reste un boîtier intéressant à acheter en 2026.

1963-1964 : la course à la TTL grand public

Au début des années 60, la mesure TTL est une innovation récente. Le Topcon RE Super (1963) est le premier reflex 24×36 à intégrer une cellule CdS dans le miroir reflex pour mesurer la lumière à travers l’objectif. C’est une rupture technique majeure, mais le RE Super est positionné haut de gamme (équivalent du Nikon F de l’époque) et coûte cher. Le marché amateur reste sur des reflex sans mesure intégrée, avec posemètre externe à clipser sur la griffe.

Pentax, qui domine le marché amateur avec ses S1a et SV depuis 1959-1962, voit l’opportunité. La marque travaille pendant 18 mois sur un boîtier qui intégrera une mesure TTL mais à un prix accessible. Le défi technique : trouver une cellule CdS suffisamment petite pour entrer dans un boîtier compact, et un mécanisme de mesure simple à industrialiser.

La solution Pentax est la mesure TTL stop-down : deux cellules CdS sont placées au-dessus du dépoli, dans le prisme. Pour mesurer, vous fermez le diaphragme à l’ouverture sélectionnée (via un levier sur le boîtier), vous lisez l’aiguille du posemètre, vous ajustez la vitesse, vous déclenchez. C’est plus lent qu’une mesure à pleine ouverture (qui arrive plus tard chez Nikon en 1965 avec le Photomic T), mais c’est beaucoup moins cher à industrialiser.

Mars 1964 : sortie du Spotmatic

Le Spotmatic sort en mars 1964 (présenté au Photokina 1962 puis commercialisé deux ans plus tard, le temps de finaliser la cellule CdS). Caractéristiques :

Reflex 24×36 entièrement mécanique. Obturateur à plan focal en tissu caoutchouté. Vitesses 1/1000 s à 1 s + B.

Mesure TTL stop-down via deux cellules CdS dans le prisme. Aiguille de mesure visible dans le viseur, à droite. Plage de mesure ISO 20 à 1600.

Monture M42 (filetage 42 × 1 mm), héritée de l’Asahi Pentax S1a et SV. Compatible avec tous les Takumar M42 produits par Asahi/Pentax depuis 1957.

Construction métal intégrale. Poids 620 g sans objectif. Dimensions 143 × 92 × 88 mm.

Synchro flash X à 1/60 s, FP à toutes les vitesses (compatible avec les anciens flashs FP à magnésium).

Bouton de prévisualisation de profondeur de champ via un levier sur le côté droit du boîtier (le même levier sert à la mesure stop-down).

Le prix de lancement au Japon : 38 000 yens (environ 1 200 dollars de 1964 ajustés à l’inflation, soit environ 12 000 dollars 2026). En France, le Spotmatic est commercialisé fin 1964 à environ 1 200 francs, ce qui est encore élevé pour un photographe amateur mais nettement plus accessible qu’un Topcon RE Super.

Le succès commercial : 4 millions d’exemplaires

Le Spotmatic devient rapidement le best-seller Pentax. Sur les 12 ans de production de la première génération (1964-1976), Asahi/Pentax en produit environ 4 millions d’exemplaires toutes variantes confondues. C’est l’un des reflex argentiques 24×36 les plus produits de l’histoire, juste derrière le Canon AE-1 (5 millions) et le Pentax K1000 (3 millions sur 21 ans).

Pour le marché japonais, le Spotmatic est ce qui consacre Pentax comme leader du segment amateur. La marque dépasse Canon et Nikon en volume de ventes au milieu des années 60, position qu’elle conservera jusqu’à la fin des années 70.

Pour le marché européen, le Spotmatic est l’un des boîtiers les plus visibles dans les magazines photo français des années 60-70. Les écoles photo l’adoptent comme alternative au Nikkormat FTN, à un prix nettement inférieur.

Les variantes du Spotmatic : SP, SP II, SPF, ES, ES II

Pentax décline le Spotmatic en plusieurs versions au fil des années :

Spotmatic (SP, 1964-1973) : version originale, mesure TTL stop-down, mécanique pure. Le plus largement produit.

Spotmatic II (1971-1976) : amélioration cosmétique et passage à la cellule SPD silicium plus rapide que le CdS. Compatibilité ISO étendue.

Spotmatic F (SPF, 1973-1976) : ajout de la mesure TTL à pleine ouverture grâce à un levier de couplage sur les nouveaux objectifs Super-Multi-Coated Takumar (qui transmet l’ouverture sélectionnée au boîtier). Les anciens Takumar sans levier fonctionnent toujours en stop-down classique.

Electro Spotmatic / ES (1971-1973) : version automatique avec mode priorité ouverture électronique. Plage de mesure 1/1000 s à 8 s en auto. Premier Pentax automatique.

ES II (1973-1976) : évolution de l’ES avec compensation d’exposition et obturateur plus fiable. Dernière variante avant le passage à la monture K en 1975.

Le Spotmatic en 2026 : pourquoi c’est un excellent reflex argentique pour débuter

Soixante-deux ans après sa sortie, le Spotmatic reste un boîtier intéressant pour plusieurs raisons :

La mécanique sans électronique permet une révision et un usage à très long terme. Un Spotmatic bien révisé est utilisable encore pour 30 ou 40 ans sans intervention électronique.

La mesure TTL stop-down, bien que plus lente qu’une mesure à pleine ouverture, oblige l’utilisateur à comprendre la relation entre vitesse, diaphragme et lumière mesurée. C’est pédagogiquement riche pour un débutant.

La compatibilité avec l’ensemble du catalogue Super-Takumar et SMC Takumar M42 donne accès à des optiques excellentes pour 50 à 200 € par focale. Le Super-Takumar 50mm f/1,4 est particulièrement convoité (avec son verre au thorium qui produit un rendu doré caractéristique, voir notre article dédié).

L’esthétique chrome ou noire des Spotmatic des années 60 fait partie du patrimoine visuel de la photographie argentique. C’est un boîtier qui vieillit bien cosmétiquement.

Prix marché 2026

  • Spotmatic SP brut, état moyen : 80 à 150 €
  • Spotmatic SP brut, état correct, posemètre fonctionnel : 150 à 220 €
  • Spotmatic SPF (mesure à pleine ouverture) brut : 180 à 280 €
  • Spotmatic ES II (automatique) brut : 200 à 320 €
  • Spotmatic SP reconditionné en atelier, garantie 6 mois : 250 à 400 €

Le prix dépend largement de l’état cosmétique (un boîtier chrome avec marques de chocs sur le capot vaut 30 à 40% moins qu’un boîtier propre) et de la fonctionnalité du posemètre (un posemètre dérivé peut être recalibré en atelier pour 30 à 50 € additionnels).

Notre traitement du Spotmatic à l’atelier

Les Spotmatic qui passent à l’atelier Pelloche Moi suivent le process en 6 étapes standard. Trois points spécifiques :

Les mousses d’étanchéité du dos sur les Spotmatic produits avant 1970 sont systématiquement à remplacer. Sur les exemplaires non révisés depuis 1990, elles sont généralement réduites à l’état de pâte noire.

Le posemètre CdS demande une recalibration en atelier. La pile d’origine était une PX625 mercure (interdite à la vente en Europe depuis 1998). Nous remplaçons systématiquement par une cellule WeinCell zinc-air 1,35 V ou un adaptateur MR-9 avec pile 1,5 V argent, et nous recalibrons le posemètre en conséquence.

Le levier de mesure stop-down est mécanique et peut se gripper avec le temps. Démontage, nettoyage et regraissage du levier sont systématiques.

Pour voir nos M42 en stock, consultez la page M42 de la boutique.

Cet article fait partie du Dossier M42 : système complet, boîtiers reconditionnés en stock, lexique des sigles et process atelier.

Pour aller plus loin

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site est protégé par reCAPTCHA. Politique de confidentialité et Conditions d'utilisation de Google applicables.