Carl Zeiss en monture V : Planar, Sonnar, Distagon, Biogon et le décodage des sigles

Hasselblad 500C reconditionné garanti 6 mois (1)

De 1957 à 2013, l’essentiel des objectifs en monture Hasselblad V vient de Carl Zeiss, à Oberkochen (Allemagne). Il y a quelques exceptions, comme le zoom Schneider Variogon 140-280 mm. Quatre formules optiques couvrent presque toutes les focales du système : Planar (standard), Sonnar (téléobjectif), Distagon (grand angle rétrofocal) et Biogon (grand angle symétrique). Cet article passe en revue chaque formule, le traitement T*, et les sigles C, CF, CFi, CFE qui datent l’objectif.

Les 4 formules Carl Zeiss en monture V

Planar (focales normales 80 à 120 mm)

Le Planar 80mm f/2,8 est l’objectif standard du V-System, livré avec la majorité des boîtiers 500C, C/M, 503CX, 503CW. Sept lentilles en cinq groupes, une formule qui descend du Planar calculé par Zeiss en 1896. Sur le 6×6 Hasselblad, c’est l’équivalent du 50mm sur 24×36.

Le Planar 100mm f/3,5 et le Makro-Planar 120mm f/4 T* complètent la gamme. Le 120 mm est optimisé pour la prise de vue rapprochée, et accepte les bagues allonges Hasselblad pour aller plus près.

Sonnar (téléobjectifs 150 et 250 mm)

Le Sonnar 150mm f/4 est la focale portrait Hasselblad. Il descend de la famille Sonnar, lancée par Zeiss en 1932 pour le Contax. Compact pour un téléobjectif moyen format, c’est l’objectif des bustes et des plans serrés en studio.

Le Sonnar 250mm f/5,6 va plus loin. Il plaît aux photographes de paysage qui veulent une focale longue sans la masse d’un Tele-Tessar 500 mm.

Distagon (grand angle rétrofocal)

Le Distagon 50mm f/4 couvre le grand angle moyen sur 6×6, équivalent du 28mm sur 24×36. La formule rétrofocus laisse la place au miroir reflex tout en gardant un grand angle de champ.

Le Distagon 40mm f/4 est le grand angle le plus court de la gamme reflex, si l’on met de côté le fisheye F-Distagon 30 mm. Il plaît aux photographes d’architecture qui veulent garder la visée reflex (le Biogon 38mm du SWC, ci-dessous, s’en passe).

Biogon (grand angle symétrique sur SWC)

Le Biogon 38mm f/4,5 est un cas à part. Cette formule quasi symétrique se place trop près du film pour laisser la place à un miroir reflex. Hasselblad produit donc une variante de boîtier dédiée, le SWC (Super Wide Camera), sans miroir, où le Biogon est monté en fixe et la visée se fait sur viseur sport extérieur. Le SWC est apprécié des architectes pour sa distorsion quasi nulle.

Le Biogon 60mm f/5,6 est la version utilisée par la NASA sur les boîtiers HEDC des missions Apollo. Une formule à très faible distorsion, utile pour la photogrammétrie lunaire. Voir l’article dédié sur Apollo.

Le traitement T* : la signature optique Carl Zeiss

Au cours des années 70, Carl Zeiss passe la gamme V au traitement multicouche T* (T-étoile). Il remplace le traitement monocouche T des premiers objectifs. Chaque surface verre-air renvoie beaucoup moins de lumière parasite, et ça se voit à l’image.

Conséquences pratiques pour le photographe :

Le contraste tient beaucoup mieux en contre-jour. Un Planar 80mm T* face à un soleil bas garde une image lisible, là où la version monocouche perd vite son contraste.

Le sigle T* est inscrit en rouge sur les objectifs concernés. Quand je choisis un objectif pour l’atelier, c’est l’un des premiers points que je regarde.

Les sigles C, C/M, CF, CFi, CFE : décoder l’année et la mécanique

Au-delà du nom de la formule optique (Planar, Sonnar, etc.) et du sigle T*, chaque objectif Carl Zeiss en monture V porte un suffixe qui indique sa génération mécanique. Attention à un piège courant : « C/M » désigne un boîtier (le 500C/M), pas une génération d’objectif.

C (Compur, 1957 au début des années 80) : première génération, obturateur Synchro-Compur dans l’objectif. Les premiers sont chromés, les suivants noirs. Traitement T monocouche au début, T* sur les dernières séries.

C T* noirs : c’est souvent ce qu’on appelle à tort « objectifs C/M », parce qu’ils accompagnaient les 500C/M. Ce sont des C, avec le traitement T*. Un bon compromis pour qui veut le T* sans payer une génération plus récente.

CF (à partir de 1982) : refonte mécanique. L’obturateur Compur est remplacé par un Prontor. Une position « F » neutralise l’obturateur de l’objectif pour l’utiliser sur les boîtiers à obturateur à plan focal (séries 2000 et 200). Nouvelle ergonomie des bagues. Tous les CF sont T*.

CFi (fin des années 90) : évolution du CF. Les guides spécialisés citent un ressort d’obturateur plus durable, un meilleur traitement anti-reflets à l’intérieur de l’objectif, une prise de synchro flash revue et des bagues redessinées.

CFE (fin des années 90) : un CFi avec des contacts électroniques qui transmettent les données de l’objectif à la mesure des boîtiers de la série 200 (203FE, 205FCC). Sur un 500 ou un 503, ces contacts ne servent à rien, mais l’objectif fonctionne normalement.

Pour un boîtier 500 ou 503, payer un CFE pour ses contacts n’a pas de sens : c’est l’optique et l’état de l’obturateur qui comptent.

L’Acute-Matte et la mise au point Carl Zeiss

Tous les objectifs Carl Zeiss en monture V sont à mise au point manuelle, sans assistance autofocus. La précision de la mise au point dépend donc directement de la qualité du verre dépoli du viseur Hasselblad.

Sur les 500C et 500C/M d’origine, le verre dépoli standard fait le travail, sans plus. À partir du 503CX, Hasselblad monte de série le verre Acute-Matte, d’origine Minolta, nettement plus lumineux. Beaucoup de 500C/M en ont reçu un après coup. En faible lumière, la différence de confort de mise au point est nette.

C, CF, CFi : quelle génération choisir

Mon conseil est simple. Pour photographier en lumière douce avec un budget serré, un C T* noir fait très bien le travail, à condition que son obturateur ait été révisé. Pour le contre-jour et le studio, je préfère un CF ou un CFi, tous traités T*. Le CFE n’apporte rien de plus sur un boîtier 500 ou 503.

Dans tous les cas, l’état de l’obturateur compte plus que la génération. Un CF dont l’obturateur traîne vaut moins qu’un C bien révisé.

Les objectifs Carl Zeiss V à l’atelier

Sur un objectif Carl Zeiss en monture V, l’opération atelier la plus délicate concerne l’obturateur central intégré (Compur sur les C, Prontor sur les CF/CFi/CFE). Les lubrifiants d’origine s’épaississent avec le temps : les vitesses deviennent trop lentes et l’obturateur peut coller.

Ce que nous faisons :

  1. Démontage de l’objectif (lentilles avant, lentilles arrière, mécanisme central)
  2. Nettoyage des lentilles internes (poussière, traces de condensation éventuelle)
  3. Démontage de l’obturateur Compur ou Prontor
  4. Nettoyage à l’alcool isopropylique des lamelles d’obturateur et des leviers
  5. Lubrification légère, uniquement aux points prévus
  6. Calibrage des vitesses sur testeur d’obturateur professionnel et vérification de la synchro flash à toutes les vitesses jusqu’à 1/500 s

Un objectif révisé est garanti 6 mois, 1 an pour les Éditions ATELIER.

Quand un objectif ou un boîtier Hasselblad est prêt, il rejoint la boutique : appareils moyen format et objectifs.

Cet article fait partie du Dossier Hasselblad V : le système complet, le lexique des sigles et le travail de l’atelier.

Pour aller plus loin

Sources

  • Hasselblad, communiqué « Hasselblad celebrates 50 years on the Moon » (2019), pour le Biogon 60 mm d’Apollo
  • Emulsive, « The Hasselblad V System master guide : C, CF, FLE and CFi lenses »
  • Medium Format Forum, discussions « CFE and CFi » et « Differences between C, CT*, CF, CFi, CFE, FE »
  • Ken Rockwell et Kamerastore, fiches Planar 80 mm f/2,8 CF (formule 7 lentilles en 5 groupes)
  • Kamerastore et KEH, fiches Schneider Variogon 140-280 mm f/5,6 en monture V

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site est protégé par reCAPTCHA. Politique de confidentialité et Conditions d'utilisation de Google applicables.