Deux objectifs Minolta MC restent très recherchés par les collectionneurs et par les utilisateurs d’hybrides modernes : le MC Rokkor-PG 58mm f/1,2 et le MC Rokkor-PF 85mm f/1,7. Leurs premières séries intègrent du verre au thorium, une recette optique des années 60 et 70 qui donne avec le temps une teinte jaune ambrée. Cet article explique d’où vient ce jaunissement, comment savoir si votre exemplaire est concerné, et pourquoi je ne vends ni ne traite ces objectifs.
Pourquoi Minolta a utilisé du thorium
Au milieu des années 60, l’industrie optique japonaise cherche à concurrencer les meilleurs verres allemands Carl Zeiss et Schneider Kreuznach. Pour égaler ou dépasser le piqué et le contraste de ces optiques, les ingénieurs ont besoin de verres à très haut indice de réfraction et faible dispersion.
La technologie disponible à l’époque pour atteindre ces propriétés passe par l’ajout de terres rares ou de thorium dans la composition du verre. Le thorium, un élément radioactif, donne un indice de réfraction élevé avec une dispersion faible. Plusieurs constructeurs font ce choix sur leurs optiques lumineuses de l’époque :
- Canon : FD 55mm f/1,2 asphérique (AL en 1971, S.S.C. Aspherical en 1975)
- Pentax : Super-Takumar et S-M-C Takumar 50mm f/1,4
- Minolta : premières séries du MC Rokkor-PG 58mm f/1,2 et du MC Rokkor-PF 85mm f/1,7
La pratique s’éteint au fil des années 70, quand les verres au lanthane, non radioactifs, atteignent des performances proches. Chez Minolta, le thorium disparaît en cours de production, bien avant le passage aux MD.
Thorium : ce que je fais, et ce que je ne fais pas
Ces objectifs, dans leurs versions au thorium, contiennent du thorium, un élément faiblement radioactif. Je ne les vends pas et je ne les traite pas à l’atelier : ni traitement du jaunissement, ni révision, ni réparation.
Si vous en possédez un, ne le démontez pas et ne poncez ni ne polissez aucune lentille. Ne le gardez pas au contact de la peau (dans une poche, par exemple) et ne le stockez pas dans une pièce de vie. Ne le jetez pas non plus avec les ordures ménagères.
Pour vous en séparer, renseignez-vous auprès de l’Andra, l’agence publique qui prend en charge les objets radioactifs détenus par les particuliers. Elle vous dira si votre objectif entre dans son dispositif de collecte et comment procéder.
Le MC Rokkor-PG 58mm f/1,2 : la focale standard culte
Apparu avec la gamme MC à la fin des années 60, le MC Rokkor-PG 58mm f/1,2 reste l’un des objectifs Minolta les plus recherchés. Sa formule compte 7 éléments en 5 groupes, d’où le sigle PG : P pour 5 groupes (pente, cinq en grec), G pour 7 éléments (septième lettre de l’alphabet).
Caractéristiques principales :
- Formule : 7 éléments en 5 groupes, verre au thorium sur les premières séries
- Diaphragme : 8 lamelles, fermeture mini f/16
- Distance mini de mise au point : 60 cm
- Filtre : 55 mm
- Poids : environ 480 g
- Production : de la fin des années 60 à la fin des années 70, puis MD Rokkor 58mm f/1,2
À pleine ouverture f/1,2, le 58mm Rokkor PG offre un piqué central honnête, un contraste contrôlé, et surtout un bokeh caractéristique : transitions douces, bokeh « swirly » léger dans les angles, et une signature de rendu que les utilisateurs d’hybrides Sony ou Fuji recherchent encore aujourd’hui.
Le MC Rokkor-PF 85mm f/1,7 : la focale portrait au verre jaune
Contemporain du 58mm f/1,2, le MC Rokkor-PF 85mm f/1,7 reprend la même approche : grande ouverture, focale portrait classique, et verre au thorium sur ses premiers exemplaires.
Caractéristiques :
- Formule : 6 éléments en 5 groupes (sigle PF : P pour 5 groupes, F pour 6 éléments)
- Diaphragme : 6 lamelles, fermeture mini f/16
- Distance mini de mise au point : 85 cm
- Filtre : 55 mm
- Poids : 460 g
- Production : 1968 à 1976 environ
Le 85mm Rokkor PF est moins connu que le 58mm f/1,2, et sa cote de collection est plus basse. Son rendu en portrait n’a pourtant rien de secondaire.
Le jaunissement : d’où il vient
Le mécanisme est le même que sur le Canon FD 55mm f/1,2 asphérique, détaillé dans un article dédié. En résumé :
Le thorium 232 a une demi-vie de 14 milliards d’années. Le rayonnement qu’émettent le thorium et ses produits de désintégration crée, au fil des décennies, des défauts dans le verre (des « centres colorés ») qui absorbent le bleu. La lentille concernée prend une teinte jaune ambré, plus ou moins prononcée selon les exemplaires.
Le jaunissement progresse en l’absence de lumière. Un objectif stocké pendant 30 ans dans une housse fermée peut développer une teinte jaune marquée. Un objectif utilisé régulièrement et exposé à la lumière du jour reste relativement neutre.
Ce jaunissement n’est pas figé : une forte exposition aux ultraviolets le fait reculer. Je ne donne pas de protocole ici, volontairement : ça suppose de manipuler longuement un objet radioactif, et je ne le fais pas à l’atelier.
Sur les photos : à quoi ressemble un Rokkor au thorium jauni
Un MC Rokkor-PG 58mm f/1,2 jauni n’est pas inutilisable. Sur film couleur, le jaunissement agit comme un filtre orangé léger qui réchauffe les tons. C’est même un effet recherché par certains photographes en portrait extérieur de fin de journée, où la teinte chaude amplifie la lumière naturelle.
En noir et blanc, le jaunissement agit comme un léger filtre jaune et coûte un peu de lumière.
En adaptation numérique sur hybrides Sony, Fuji ou Canon RF, le jaunissement peut être corrigé en post-production par un simple décalage de balance des blancs vers le bleu. Sur Lightroom ou Capture One, cela prend deux secondes en preset.
Certains photographes corrigent la dominante au scan, d’autres aiment ce rendu chaud. C’est une question de goût.
Comment savoir si votre Rokkor est concerné
Sur le 58mm f/1,2, les relevés de collectionneurs placent le thorium sur les toutes premières séries (bague de mise au point métallique, fin des années 60 et début des années 70). Les versions plus tardives à bague caoutchoutée, puis les MD Rokkor, sont données sans thorium. Sur le 85mm f/1,7, seuls certains premiers exemplaires sont concernés.
À l’œil, regardez à travers l’objectif vers une source lumineuse blanche : une teinte jaune ambrée rend le thorium très probable. L’absence de teinte ne prouve rien, puisqu’un objectif exposé à la lumière jaunit peu. Seule une mesure tranche.
Cet article fait partie du Dossier Minolta SR : système complet, boîtiers reconditionnés en stock, lexique des sigles et process atelier.
Pour aller plus loin
- L’équivalent Canon : FD 55mm f/1,2 AL, premier asphérique grand public au thorium (1971)
- L’équivalent Pentax : Super-Takumar et S-M-C Takumar 50mm f/1,4 au thorium
- Décoder les sigles Rokkor : pourquoi PG signifie 5 groupes 7 éléments
- Le boîtier sur lequel monter votre Rokkor au thorium : Minolta SR-T 101
- Mon process de reconditionnement en 6 étapes