Minolta SR-T 101 (1966) et le système CLC : la mesure à deux cellules

Minolta SRT 101 - Rokkor PF 55mm f/1.7, objectif argentique reconditionné par Pelloche Moi

En 1966, Minolta lance le SR-T 101. Il mesure la lumière à travers l’objectif, à pleine ouverture, et son posemètre utilise deux cellules CdS au lieu d’une. Minolta appelle ce système CLC (Contrast Light Compensator) : il limite l’influence d’un ciel lumineux sur la mesure. Ce n’est pas une mesure matricielle au sens du Nikon FA de 1983, qui découpe l’image en cinq zones. C’est une idée plus simple, et très bien vue pour l’époque. Voici l’histoire de ce reflex argentique qui reste, à mes yeux, l’un des meilleurs mécaniques pour apprendre.

Le contexte : 1966, la course à la mesure TTL

Minolta entre dans le reflex en 1958 avec le SR-2 et sa baïonnette SR. En 1962, le SR-7 intègre un posemètre CdS dans le boîtier, mais la cellule mesure à côté de l’objectif, pas à travers lui.

La mesure TTL (Through The Lens, à travers l’objectif) est alors la grande course technique. Le Topcon RE Super la propose dès 1963, à pleine ouverture. Le Pentax Spotmatic (1964), le Nikkormat FT (1965) et le Canon FT (1966) mesurent diaphragme fermé : vous fermez l’objectif à la valeur choisie, le viseur s’assombrit, vous mesurez.

Le SR-T 101 est présenté au salon photo de Tokyo en mars 1966 et arrive en boutique en avril. Il mesure à pleine ouverture : le viseur reste clair pendant toute la mesure.

Le système CLC : pourquoi deux cellules au lieu d’une

Une cellule unique fait la moyenne de toute l’image. Sur un paysage, le ciel pèse lourd dans cette moyenne, et le premier plan, souvent le vrai sujet, sort sous-exposé.

Minolta place deux cellules CdS dans le prisme : l’une lit plutôt le haut de l’image, l’autre le bas. Quand l’écart de luminosité entre les deux est fort, le circuit considère que le haut est un ciel et réduit son poids dans la mesure.

Concrètement, sur une scène ciel et premier plan :

  • La cellule du haut lit le ciel lumineux
  • La cellule du bas lit le premier plan plus sombre
  • Le circuit CLC donne moins de poids au ciel, et le sujet au premier plan est mieux exposé

La limite est connue : le CLC suppose que le ciel est en haut. En cadrage vertical, la répartition change, et c’est au photographe de compenser, par exemple en mesurant à l’horizontale avant de recadrer. Le CLC n’analyse pas la scène comme le fera la mesure matricielle des années 80. Il corrige un cas fréquent, et il le corrige bien.

Le boîtier SR-T 101 en lui-même

Au-delà du CLC, le SR-T 101 est un reflex 24×36 mécanique solide, conçu pour durer. Caractéristiques principales, d’après la notice Minolta :

  • Obturateur mécanique à plan focal en tissu, de 1 s à 1/1000 s, plus la pose B
  • Mesure TTL à pleine ouverture avec les objectifs MC (Meter Coupled) : une came sur la bague de diaphragme transmet l’ouverture choisie au posemètre
  • Viseur à microprismes au centre, avec l’aiguille du posemètre et les vitesses affichées dans le champ
  • Monture SR à baïonnette, celle du SR-2 de 1958
  • Sensibilités de 6 à 6400 ASA
  • Posemètre alimenté par une pile au mercure PX625 de 1,35 V (plus vendue aujourd’hui, voir plus bas)

Le SR-T 101 reste au catalogue de 1966 à 1975, avec peu de changements. Les premières séries, jusqu’à fin 1969, se reconnaissent à leur barillet de vitesses noir finement moleté et à leurs vis à fente ; les suivantes passent aux vis cruciformes. La version noire apparaît à l’automne 1968. Le numéro de série aide aussi à dater un exemplaire d’occasion.

La descendance du SR-T : 101, 102, 303, 303b

Minolta décline le SR-T en plusieurs modèles, avec des noms qui changent selon les marchés :

  • SR-T 102 (1973) : vendu aussi sous les noms SR-T Super et SR-T 303 selon les pays
  • SR-T 303b (1975) : le nom européen du SR-T 202
  • SR-T 101b (1975) : la suite du 101, vendue aussi comme SR-T 201
Minolta SR-T 303b reconditionné à l'atelier Pelloche Moi, avec le marquage CLC sous le prisme

Tous gardent le système CLC, gravé en toutes lettres sur la face avant, sous le prisme.

Pourquoi le SR-T 101 est encore pertinent en 2026

Soixante ans après sa sortie, le SR-T 101 a trois atouts :

  1. Fiabilité mécanique : l’obturateur fonctionne sans pile, de 1 s à 1/1000 s. Seul le posemètre en a besoin. Pile à plat, le SR-T 101 déclenche toujours.
  2. Une mesure qui pardonne : pour un paysage avec un ciel lumineux, le CLC donne souvent une exposition plus juste qu’une moyenne simple. Il suffit de savoir qu’il pense « ciel en haut ».
  3. Les Rokkor : les objectifs MC se couplent au posemètre, et les MD se montent aussi. Toute la gamme Rokkor reste accessible (voir le guide des objectifs Minolta MC et MD).

Trouver un SR-T 101 aujourd’hui

Le SR-T 101 est resté dix ans au catalogue, et on en trouve facilement. Le problème, c’est l’état. Après cinquante ans, beaucoup ont un posemètre qui dérive, des contacts oxydés, des mousses en poussière et des vitesses lentes qui traînent. Un boîtier qui déclenche n’est pas un boîtier fiable.

Mon conseil : vérifiez au minimum que l’aiguille du posemètre réagit à la lumière, que la vitesse de 1 s dure vraiment une seconde, et que le rideau ne laisse pas passer de lumière. Ou choisissez un exemplaire reconditionné et garanti.

Le SR-T à l’atelier

Le SR-T 101 fait partie de mes spécialités. Sa mécanique est simple et robuste, mais ses deux cellules CdS et sa pile au mercure demandent des attentions particulières.

À l’atelier, nous suivons six étapes :

  1. Démontage complet du boîtier
  2. Nettoyage du prisme et du miroir (les deux cellules CdS sont logées dans le prisme, à manipuler avec précaution)
  3. Remplacement systématique des mousses d’étanchéité du dos
  4. Calibrage des vitesses via un testeur d’obturateur professionnel (1 s à 1/1000 s)
  5. Vérification du posemètre CLC sur source lumineuse calibrée, avec nettoyage des contacts des deux cellules, qui s’oxydent avec les années
  6. Contrôle final : vitesses recalibrées, posemètre et avance du film vérifiés avant la mise en vente

La pile : la PX625 au mercure d’origine n’est plus vendue en Europe. Nous la remplaçons par une pile zinc-air WeinCell ou par un adaptateur MR-9, et nous vérifions le posemètre avec la nouvelle pile.

Garantie 6 mois, 1 an pour les Éditions ATELIER. Les Minolta SR prêts à partir sont dans la sélection Minolta SR de la boutique.

Cet article fait partie du Dossier Minolta SR : le système complet, le lexique des sigles et le travail de l’atelier.

Pour aller plus loin

Sources : notice d’utilisation Minolta SR-T 101 (archive Butkus) ; The Rokkor Files, « The Minolta SR Series » ; Camera-wiki, « Minolta SR-T 101 » ; Wikipedia, « Minolta SR-T 101 » ; Joe McGloin, « The History of Minolta » (subclub.org).

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