L’histoire du Rollei 35 et de son inventeur

Le Rollei 35 est un appareil photo argentique compact présenté par Rollei à la Photokina de 1966. À sa sortie, c’était le plus petit appareil du marché à utiliser la pellicule 35 mm au format 24 × 36. Il a été conçu par Heinz Waaske, un ingénieur dont le patron de l’époque n’a pas voulu.

Heinz Waaske, l’inventeur que son patron n’a pas écouté

Vers 1960, Waaske est ingénieur en chef chez Wirgin, un fabricant allemand d’appareils photo. Il fait un constat simple : les gens qui achètent des appareils miniatures en 16 mm, ou les demi-formats comme l’Olympus Pen, ne veulent pas un petit négatif. Ils veulent un petit appareil. Son idée : un appareil 24 × 36 dans un boîtier trois fois moins volumineux que les appareils à viseur de l’époque.

Il dessine les premiers plans en 1962, sur son temps libre, dans son salon, et fait fabriquer des prototypes chez Wirgin. Quand il présente l’appareil terminé, Heinrich Wirgin lui reproche d’avoir perdu son temps dans l’atelier de prototypes, et lui apprend qu’il a décidé d’arrêter la fabrication d’appareils photo. Waaske montre ensuite son prototype à Leitz et à Kodak. Personne n’en veut.

En janvier 1965, il entre chez Rollei, à Braunschweig. Heinrich Peesel, directeur depuis mars 1965, tombe par hasard sur le prototype et décide de le produire en série, avec les fournisseurs habituels de Rollei : un Tessar 40 mm f/3.5 de Zeiss, une cellule CdS de Gossen, un obturateur fabriqué par Compur sur le principe breveté par Waaske. La production commence en juillet 1966.

Ce qui le rend si petit

L’objectif rentre dans le boîtier, dans un tube coulissant. Un obturateur central classique ne trouvait pas sa place autour de cet objectif escamotable. Waaske l’a donc coupé en deux : le mécanisme qui règle les vitesses reste dans le boîtier, les lamelles voyagent dans le tube avec l’objectif. Il a aussi breveté un débiteur de film à cinq dents au lieu des huit habituelles.

Le reste suit la même logique. Le levier d’armement est en haut à gauche, la manivelle de rembobinage en dessous, à droite, et la griffe flash sous l’appareil. La cartouche se loge à droite, et les images se retrouvent à l’envers sur le film. Il n’y a pas de télémètre : la mise au point se fait à l’estime, sur l’échelle des distances. Rollei a essayé d’en ajouter un vers 1970, mais il n’y avait pas la place.

Pour la cellule, Rollei a préféré une cellule CdS, plus petite et plus résistante aux chocs qu’une cellule au sélénium, mais qui demande une pile. Son aiguille se lit sur le capot, pas dans le viseur. Les vitesses vont du 1/2 s au 1/500 s, plus la pose B.

Allemagne, puis Singapour

Les premiers Rollei 35 sont fabriqués en Allemagne, à Braunschweig. Jusqu’en août 1967, ils portent la gravure « Made in Germany by Rollei, Compur, Gossen, Zeiss », puis simplement « Made in Germany by Rollei ». Environ 312 000 exemplaires du modèle d’origine sortent des chaînes allemandes.

À partir de 1971, la production part dans l’usine Rollei de Singapour. Les appareils sont gravés « Made by Rollei Singapore ». Les objectifs y sont fabriqués sous licence par Rollei, les obturateurs viennent de Copal et les cellules de Nissei. Entre juillet 1972 et avril 1973, une partie des Rollei 35 reçoit un Schneider S-Xenar à la place du Tessar. L’usine de Singapour ferme en 1981.

Les exemplaires allemands se vendent souvent plus cher. Selon Camera-wiki, les réparateurs jugent la qualité de Singapour équivalente. Je ne paierais pas un gros écart de prix pour une gravure.

Les versions : 35, 35 S, 35 T, 35 SE, 35 TE

ModèleProductionObjectifPosemètre
Rollei 351966 à 1974Tessar 40 mm f/3.5 (S-Xenar sur une partie de 1972-1973)CdS, aiguille sur le capot
Rollei 35 S1974 à 1980Sonnar 40 mm f/2.8, 5 lentillesCdS, aiguille sur le capot
Rollei 35 T1974 à 1980Tessar 40 mm f/3.5Le Rollei 35 d’origine, renommé
Rollei 35 TE1979 à 1981Tessar 40 mm f/3.5Témoins LED dans le viseur, pile PX27
Rollei 35 SE1979 à 1981Sonnar 40 mm f/2.8Témoins LED dans le viseur, pile PX27

Le Sonnar a coûté cher à Rollei. Zeiss reçoit la commande en 1971. Le premier calcul, qui ne déplaçait que les deux lentilles avant pour la mise au point, manquait de piqué de près : la série a pris un an de retard et Zeiss a dû refaire l’objectif. Richard Weiß, chef du développement chez Rollei, en a tiré une leçon : vérifier les objectifs avec plus de scepticisme, même quand ils viennent de Carl Zeiss.

Le 35 TE et le 35 SE arrivent en 1979. Trois LED dans le viseur indiquent l’exposition, plus besoin de quitter le viseur pour regarder l’aiguille. La pile PX27 de 5,6 V se change sans ouvrir le dos.

Il existe aussi une branche d’entrée de gamme avec un Triotar 40 mm f/3.5 à trois lentilles : le B 35 (1969, cellule au sélénium sans pile, renommé 35 B en 1976), le C 35 (1969 à 1971, sans cellule) et le 35 LED (1978 à 1980). Plus tard, le Rollei 35 Classic, dérivé du 35 S, est assemblé en Allemagne à partir de 1990. Sur trente ans, il s’est fabriqué environ deux millions d’appareils de la famille Rollei 35.

Mon choix va au 35 S : le Sonnar f/2.8 donne deux tiers de diaphragme de plus que le Tessar, et ça compte sur un appareil sans flash intégré. Le 35 T reste un très bon appareil, dans le même boîtier.

Ce que je regarde avant d’en prendre un

  • L’objectif ne rentre dans le boîtier qu’une fois le film armé : on avance le levier, on appuie sur le petit bouton, on tourne, on pousse. Si l’objectif résiste, il ne faut surtout pas forcer : on abîme le mécanisme du tube.
  • Le tube doit sortir et se verrouiller franchement, sans jeu.
  • Je mesure les vitesses avec un testeur d’obturateur, surtout les lentes.
  • La pile d’origine des 35, 35 S et 35 T était une pile au mercure de 1,35 V qui n’est plus fabriquée. Il existe des piles zinc-air de même tension (elles durent quelques mois) ou un réglage de la cellule pour une pile à l’oxyde d’argent sans mercure. Je vérifie la cellule avec la pile qui sera réellement utilisée.
  • Côté objectif : pas de voile, pas de champignon, et une lentille frontale sans rayure.

Sources

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