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Nikon · 1959 · Reflex 35 mm
Le Nikon F, le reflex des photoreporters
Un boîtier en métal, sans pile, que des reporters ont emporté sur des terrains très durs. Autour de lui circulent beaucoup d’histoires, et une partie est fausse. Ici, je ne garde que ce qui est prouvé, avec les sources en bas de page.
1 exemplaire reconditionné à l’atelier : Nikon F à prisme simple avec Nikkor-S Auto 35 mm f/2,8, garanti 6 mois.
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Nippon Kogaku annonce le Nikon F à la presse en mars 1959. Le boîtier part aux États-Unis dès mai et sort au Japon en juin, à 67 000 yens avec un 50 mm f/2. La lettre F vient de « reFlex » : Nikon explique l’avoir choisie parce qu’elle se prononce presque comme cette syllabe.
Fiche d’identité
Ce qui en a fait l’outil des reporters
Tout s’y change. Le viseur s’enlève, le verre de visée aussi, et la baïonnette reçoit les objectifs Nikkor. Un photographe peut passer du prisme simple à un viseur qui mesure la lumière sans changer de boîtier. Pour un reporter qui part plusieurs semaines, c’est un seul appareil qui s’adapte au terrain.
Le boîtier est entièrement mécanique : il fonctionne sans pile. Ses rideaux d’obturateur sont taillés dans une feuille de titane de 0,02 mm. Nikon raconte avoir soumis cet obturateur à un test d’endurance de 100 000 déclenchements, en plus d’essais à la chaleur, au froid et aux vibrations. C’est un chiffre de constructeur, pas une promesse pour un boîtier de soixante ans. Mais il dit pour quel usage l’appareil a été dessiné.
Le Nikon F ne s’impose pas en un jour. Aux Jeux de Rome, en 1960, Nikon écrit lui-même que les photographes de presse portaient encore ses appareils télémétriques SP et S3. Le basculement se lit dans les chiffres : 200 000 Nikon F vendus en novembre 1965, puis une hausse des exportations en 1966 que Nikon relie au « special procurement boom » de la guerre du Vietnam.
Ce que j’en retiens : c’est un appareil acheté pour travailler. Je préfère le remettre en état pour qu’il travaille encore, plutôt que de le vendre pour une étagère.
Trois histoires vérifiées
Don McCullin, Cambodge, 1970 : le boîtier qui a arrêté une balle
En 1970, à Prey Veng, à l’est de Phnom Penh, le photographe britannique Don McCullin suit des troupes prises dans une embuscade. Son Nikon F arrête une balle d’AK-47, tirée par les Khmers rouges selon l’Imperial War Museum. Quelques jours plus tard, dans le même secteur, il est gravement blessé par des éclats de mortier.
Le boîtier troué a été exposé à l’Imperial War Museum North en 2010, puis à la Tate Britain en 2019, qui le présente comme « the Nikon camera which took a bullet for him in Cambodia » (« l’appareil Nikon qui a pris une balle à sa place au Cambodge », ma traduction). Je ne reproduis pas la photo de l’objet, elle est protégée : le communiqué de la Tate la décrit. Le jour exact n’a été publié nulle part, alors je ne l’invente pas.
Je raconte l’histoire en entier, source par source, dans le Nikon F qui a arrêté une balle.
David Douglas Duncan : des Nikkor en Corée, puis le 200 000e Nikon F
L’histoire commence avant le F. En juin 1950, à Tokyo, Jun Miki photographie David Douglas Duncan, photographe de LIFE, avec un Nikkor 8,5 cm f/2. Duncan est frappé par la netteté du tirage et se rend à l’usine Nippon Kogaku. Quand la guerre de Corée éclate, il part avec deux Leica IIIc équipés d’objectifs Nikkor, un 50 mm et un 135 mm. Des boîtiers Leica, donc, avec des optiques japonaises.
Le 10 décembre 1950, Jacob Deschin écrit dans le New York Times que ce premier appareil japonais d’après-guerre à retenir l’attention en Amérique fait sensation chez les magazines et les photographes de presse, après le reportage de LIFE en Corée. Quinze ans plus tard, Nikon offre à Duncan le 200 000e Nikon F. Ses archives sont conservées au Harry Ransom Center, à Austin.
Apollo 15, 1971 : un Nikon F à bord
En janvier 1971, la NASA retient le Nikon Photomic FTN, c’est-à-dire un Nikon F avec le viseur Photomic FTN, pour la mission Apollo 15. Nikon livre neuf boîtiers en juin 1971, avec un 55 mm f/1,2. Ils sont modifiés : peinture noire mate, lubrifiants adaptés, leviers agrandis pour être manipulés avec des gants.
Ce qu’on raconte, ce qui est prouvé
« Le Nikon F a régné sur les Jeux de Rome en 1960. »
Nikon écrit que les reporters y portaient ses appareils télémétriques SP et S3.
« Duncan a couvert la Corée avec un Nikon. »
Avec deux Leica IIIc et des objectifs Nikkor. Le Nikon F n’existait pas encore.
« C’est un Nikon F2 qui a arrêté la balle de McCullin, au Vietnam. »
Un Nikon F, au Cambodge, en 1970. Le F2 n’est dévoilé qu’en août 1971.
« Les grandes photos du Vietnam ont été prises au Nikon F. »
Presque aucune n’est documentée ainsi. Le moine de Saïgon photographié par Malcolm Browne en 1963 l’a été avec un Petri.
« L’appareil troué de McCullin fonctionne encore. »
Aucune source ne le dit.
Le regard du réparateur
Le Nikon F est le deuxième boîtier sur lequel j’ai appris la réparation. Tout de suite, j’ai trouvé un appareil agréable à travailler. C’est plus tard, en démontant d’autres marques, que j’ai compris ce que j’avais eu entre les mains : une construction simple, et une façon de faire propre à Nikon, qui fait sa robustesse.
Oui, c’est un appareil photo, et d’autres en fabriquent. Mais personne ne les construit comme Nikon. À l’intérieur, c’est de toute beauté, et c’est ce qui lui donne sa longévité.

Sur un Nikon F qui entre à l’atelier, nous recalibrons les vitesses une par une. Nous vérifions que ce qui est net dans le viseur l’est aussi sur le plan du film, puis nous contrôlons l’avancement, le déclenchement, le prisme et l’étanchéité à la lumière. Le protocole complet est sur la page de l’atelier.
Les versions à connaître
Chez Nikon, les versions du F portent le nom de leur viseur. C’est lui qu’il faut regarder en premier.
Prisme simple (1959)
Pas de mesure de la lumière. C’est la version la plus dépouillée, et celle de l’exemplaire de l’atelier.
Photomic (avril 1962)
Le viseur intègre une cellule CdS. La mesure ne se fait pas encore à travers l’objectif : elle y passera avec le Photomic T.
Photomic T (septembre 1965)
Mesure à travers l’objectif (TTL), en moyenne sur toute l’image.
Photomic TN (avril 1967)
La mesure devient pondérée centrale : elle se concentre sur un cercle de 12 mm au centre de l’image.
Photomic FTN (septembre 1968)
Plage de mesure étendue, et une façon plus simple de reporter l’ouverture maximale quand on change d’objectif. C’est la base des boîtiers d’Apollo 15.
Choisir son Nikon F aujourd’hui
D’abord, le viseur. Avec un prisme simple, vous mesurez la lumière à part, avec un posemètre ou une application sur votre téléphone, puis vous reportez les réglages sur le boîtier. Rien n’y dépend d’une pile. Avec un Photomic, la mesure est intégrée, mais la cellule a plus de cinquante ans : demandez si elle a été contrôlée, et prévoyez une pile pour elle.
Ensuite, la mécanique. Un boîtier qui déclenche n’est pas forcément un boîtier juste. Après des décennies, les vitesses peuvent être fausses sans que rien ne se voie. Demandez si elles ont été mesurées, pas seulement essayées.
Ne vous inquiétez pas du dos. Sur le Nikon F, il ne s’ouvre pas comme une porte : il s’enlève en entier pour charger le film. C’est la conception d’origine, pas une pièce cassée.
Pour les objectifs, tout se joue sur la monture Nikon F : quels Nikkor s’y montent, lesquels transmettent l’ouverture à un viseur Photomic.
Chez un particulier, vous achetez l’état du jour. Chez moi, l’exemplaire est d’occasion, reconditionné et garanti 6 mois : si quelque chose lâche, il revient à l’atelier.
Exemplaires disponibles à l’atelier
Chaque exemplaire est unique : celui en photo est celui que vous recevez. Vous avez un Nikon F qui dort dans un placard ? Je rachète aussi : proposez-moi le vôtre.
Questions fréquentes
Le Nikon F a-t-il besoin d’une pile ?
Non, le boîtier est entièrement mécanique. Seuls les viseurs Photomic, qui mesurent la lumière, ont besoin d’une pile pour leur cellule.
En quelle année le Nikon F est-il sorti ?
Nikon l’annonce à la presse en mars 1959. Il est exporté aux États-Unis dès mai et sort au Japon en juin 1959. La série F s’arrête en septembre 1973.
Que veut dire le F de Nikon F ?
Selon Nikon, le F vient de « reFlex », parce que la lettre se prononce presque comme cette syllabe.
Quelle différence entre le Nikon F et le Nikon F2 ?
Le F2 est dévoilé en août 1971. Il garde un obturateur en titane mais monte au 1/2000 s, contre 1/1000 s pour le F, avec des poses lentes jusqu’à 10 s par le retardateur.
Est-ce bien un Nikon F qui a arrêté la balle de Don McCullin ?
Oui. C’était un Nikon F, à Prey Veng, au Cambodge, en 1970. Le F2 n’existait pas encore.
Sources
- Nikon, Camera Chronicle, « Debut of Nikon F » : imaging.nikon.com
- Nikon, Camera Chronicle, « Debut of Nikon F2 » (versions Photomic TN et FTN, fin de la série F) : imaging.nikon.com
- Nikon, « The Nikon Photomic FTN: a camera for the ultimate shooting environment, Space » : nikon.com
- Tate Britain, communiqué de l’exposition Don McCullin (5 février au 6 mai 2019) : tate.org.uk
- Imperial War Museum, légende de l’objet dans l’exposition « Shaped by War » (IWM North, 2010), reprise par Luminous-Lint : luminous-lint.com
- Nikon, Camera Chronicle, appareils télémétriques Nikon et récit de 1950 : imaging.nikon.com
- Robert Rotoloni, « The Rotoloni Report 2: David Douglas Duncan », publié par Mike Eckman : mikeeckman.com
- Harry Ransom Center, Université du Texas, fonds David Douglas Duncan : hrc.utexas.edu
- Deseret News, nécrologie de Malcolm Browne (2012) : deseret.com
- Wikipedia (anglais), « Nikon F » : en.wikipedia.org
Pelloche Moi n’a aucun lien avec les photographes, musées et institutions cités. Aucune de leurs images n’est reproduite ici : les liens mènent vers leurs sources.