L’argentique, c’est pas une mode et ça fait 10 ans que ça dure
Cet article n’est pas un guide. C’est une prise de position.
Je m’appelle Hadrien, je restaure des appareils argentiques depuis des années, et j’en ai marre d’entendre la même phrase.
« C’est une mode » la phrase que j’entends depuis 10 ans
Ça a commencé vers 2015-2016. Les premiers jeunes qui revenaient à l’argentique. Les premiers articles « le retour du film ». Et immédiatement, le chœur des sceptiques :
« C’est une mode. Ça va passer. »
On est en 2026. Ça n’est pas passé.
« L’argentique, c’est pas une mode. Ça fait dix ans de plus en plus fort. »
Dix ans, c’est pas une mode. Une mode, ça dure une saison, deux si elle est tenace. Le fidget spinner, c’était une mode. Le NFT art, c’était une mode. L’argentique ? C’est un mouvement de fond.
Chaque année, je vois plus de gens pousser la porte de mon atelier. Plus de débutants, plus de curieux, plus de photographes pro qui reviennent au film pour leurs projets perso. Et chaque année, quelqu’un me dit : « Mais c’est une mode, non ? »
Non. Et voici pourquoi.
La peinture a survécu à la photo. L’argentique survivra au numérique.
C’est l’analogie que je fais le plus souvent, et c’est celle qui marche le mieux.
Quand la photographie est apparue dans les années 1800, tout le monde a déclaré la mort de la peinture. Pourquoi peindre un portrait quand on peut le capturer en quelques secondes ? C’était logique. C’était évident.
Et pourtant.
La peinture n’est pas morte. Elle a changé. Elle est devenue un choix, pas une nécessité. Les impressionnistes, les expressionnistes, l’art abstrait, tout ça est né APRÈS la photo, PARCE QUE la photo avait libéré la peinture de sa fonction documentaire.
L’argentique vit exactement la même transformation. Le numérique a pris le relais pour le quotidien, le professionnel, l’instantané. Et l’argentique ? Il est libre. Libre d’être un choix artistique. Libre d’être lent, imparfait, surprenant.
C’est pas une régression. C’est une évolution.
Pourquoi les gens reviennent à l’argentique
Après des années à écouter mes clients, voici les raisons qui reviennent, les vraies, pas celles des articles marketing.
La déconnexion
Pas de wifi, pas de Bluetooth, pas de notifications. Un appareil argentique, c’est un objet qui fait une seule chose. Dans un monde où votre téléphone est un appareil photo qui est aussi un réseau social qui est aussi une source d’anxiété… le simple fait de tenir un boîtier qui ne fait QUE des photos, c’est une forme de méditation.
Les contraintes créatives
« Des contraintes naît la créativité. »
36 poses. Pas de preview. Pas de delete. Chaque déclenchement coûte de l’argent et du temps. Alors vous réfléchissez. Vous composez. Vous attendez. Et paradoxalement, c’est cette limitation qui rend le processus plus riche.
L’expérience sensorielle
Le bruit du déclencheur. Le poids du mécanisme. L’avancement du levier. L’odeur du fixateur en labo. L’argentique engage les sens d’une façon que le numérique ne fait pas, et ne fera jamais.
La magie du labo
Quand vous plongez un papier blanc dans le révélateur et qu’une image apparaît sous vos yeux… Il n’y a pas de mot. C’est de la magie moderne. De la lumière, un peu de chimie, et soudain une image existe dans le monde physique.
« Ce plaisir de réparer des appareils avait aussi un pouvoir, un pouvoir de se reconnecter à ses souvenirs, à son histoire. »
→ Envie d’essayer ? Notre guide pour débuter en argentique
Les chiffres qui prouvent le contraire
Pour ceux qui veulent du concret :
- Kodak a réinvesti massivement dans la production de pellicules. Pas par nostalgie, par business. La demande est là.
- De nouveaux labos ouvrent régulièrement partout en France. Rien que récemment, plusieurs nouvelles adresses.
- Des formats disparus reviennent : Lomography a relancé le format 110. On n’investit pas dans un format mort si le marché n’existe pas.
- Le prix des appareils vintage explose : un Olympus MJU II coûtait 30€ il y a 10 ans. Aujourd’hui ? 300€+. L’offre ne suit pas la demande.
- Les salons se multiplient : The Analog Chronicles au Salon de la Photo, la Pelloche Week, des événements dédiés qui n’existaient pas il y a 5 ans.
Ce ne sont pas les signes d’une mode qui passe. Ce sont les signes d’un marché qui se structure.
Et l’IA dans tout ça ?
Voilà le parallèle ultime.
- Années 1800 : la photo arrive → « la peinture est morte »
- Années 2000 : le numérique arrive → « l’argentique est mort »
- Années 2020 : l’IA arrive → « la photo est morte »
Vous voyez le schéma ?
À chaque révolution technologique, on déclare la mort du médium précédent. Et à chaque fois, il survit. Pas parce qu’il est meilleur techniquement, mais parce qu’il offre quelque chose que la nouvelle technologie ne peut pas reproduire.
L’IA peut générer des images parfaites. Mais elle ne peut pas vous donner le frisson du déclenchement, l’attente du développement, la surprise de la planche contact. Elle ne peut pas vous faire vivre le processus.
Peinture, argentique, photo numérique, IA, elles sont complémentaires, pas concurrentes. Chacune a sa place. Chacune offre une expérience différente.
« Se replonger dans la tête des personnes qui ont conçu ces appareils il y a 100 ans. Avec du temps, on y arrive toujours. »
« Des contraintes naît la créativité » — mon manifeste
L’argentique, c’est Rock n Roll.
C’est pas propre, c’est pas prévisible, c’est pas optimisé. Et c’est exactement pour ça que c’est beau.
« Chaque réparation est un petit doigt d’honneur au consumérisme. »
Dans un monde qui pousse à tout jeter et tout racheter, restaurer un appareil de 40 ans et lui redonner vie, c’est un acte de résistance. Sortir ces appareils des vitrines, ou des greniers, et leur redonner une vie active, c’est un choix.
« L’argentique, c’est comme rouler sur une vieille moto. Ce n’est pas juste un trajet d’un point A à un point B, c’est l’aventure qu’il y a entre les deux. »
Alors non, l’argentique c’est pas une mode. C’est un art, un savoir-faire, une communauté. Et ça fait 10 ans que ça dure.
Ce sera probablement encore là dans 10 ans.
« Il n’y a rien de mieux que de le pratiquer pour le conserver, afin de le transmettre. »
Rejoignez l’aventure
Si cet article vous a parlé, venez voir ce qu’on fait chez Pelloche Moi. On restaure des appareils, on organise des concours (La Pelloche d’Or), on crée des événements, et on accueille tous ceux qui veulent essayer.
Pas besoin d’être expert. Pas besoin de tout savoir.
« Juste essayer, c’est déjà ça de gagné et c’est énorme. »